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    Castia Coeur-de-Glace - le Lun 4 Juin - 20:43
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    Castia Coeur-de-Glace
    Vous n’avez pas le droit d’avoir votre opinion. Vous avez le droit d’avoir votre opinion renseignée. Personne n’a le droit d’être ignare.
    Elle s'appelle Castia, mais on lui donne l’honorifique de Cœur-de-Glace. Elle est âgée de 21 ans, et d'origine kigallu. Elle appartient au clan du vent, héritage de son père le roi. Dans la vie, elle est donc princesse de Kur-Kigal, mais également capitaine de la garde royale. Bien que célibataire, on dit qu'elle porte à merveille son honorifique, et qu'il ne faut même pas essayer. De genre Inanna.


    Caractère




    Beaucoup la supposent belliqueuse. Il est vrai que le titre de princesse n'évoque pas, de prime abord, armures, lances, et épées. Cela, couplé à son rôle de capitaine de la garde royale, suffit à nous faire envisager un garçon manqué têtu, impoli et rebelle.

    Une description qui ferait grimacer Cœur-de-Glace, qui n'est têtue que par passion, impolie que par provocation, et rebelle que par injustice. Elle désapprouve la violence, et le sang ne sied guère à son teint. Et certes, elle est une bretteuse d'exception, mais elle est une bretteuse éclairée, qui voit en la joute un moyen, et rien d'autre. C'est ce qu'elle se plaît à dire : Un combattant sage, pragmatique, qui n'épuise pas ses forces à la poursuite de gloire, de renommée, quand protéger les siens lui suffit. Pourtant, sur le champ de bataille, elle est impitoyable et acharnée. Ce que certains attribuent au feu de l'action, qui brûle même le meilleur des hommes, elle en connaît la vraie cause : La souillure maudite qui salit son esprit, et la pousse au massacre. Parmi les morts, son armure peinte de rouge, elle demeure ainsi, la main sur les tempes pour apaiser son esprit qui lui somme de dévorer les cadavres.

    Alors, pour ne pas entendre cet appel morbide et monstrueux, elle ne mène que les combats nécessaires.

    Cœur-de-Glace est complexe, paradoxale, imprévisible, insaisissable. Ainsi les autres la décrivent. Pour sa part, elle hausse les épaules, ne se jugeant pas si compliquée. Elle n'est que le produit de son titre, elle assure, et de son passé. Cette certitude, cette assurance, est naturelle pour quelqu'un qui se connaît soi même, qui sait d'où il vient, où il va, et comment il voyage.

    Ainsi elle s'applique à être l'héritière parfaite, véritable modèle d'éloquence, d'élégance, et de maturité. Toute princesse doit savoir parler sans froisser, sans pour autant sacrifier la plénitude de ses mots. Il est erreur débutante que de s'épancher en mondanités vides, et en conversations plates dont on ne retire rien. Cœur-de-Glace les abhorre, car elle en est trop souvent la victime. Elle est une femme occupée, au temps précieux : Elle n'a que faire de la dissimulation, et lui préfère une franchise éclairée qu'elle s'applique à dispenser à ceux qui en sont dignes.

    Elle est d'une courtoisie prévenante, maintenue par ses bonnes manières et le langage formel qu'elle emploie. Son calme élevée est connu de ses pairs : Il n'y a nulles colères en elle, seulement un agacement exaspéré qu'elle communique par un sourire pincée. Venant d'elle, extravertie et bavarde, le moindre silence est plus explicite que toutes les menaces, et suffit à intimider les diplomates et subordonnés qui se risquent parfois à mettre son autorité en doute. Ses refus sont, comme elle, doux mais catégoriques.

    Elle est d'un idéalisme concret et pragmatique. Il est hors de question de rejoindre ceux qui rêvent sans agir dans leur petit monde de "et si". Ainsi, Cœur-de-Glace est une altruiste placide qui donne quand on demande, pourvue d'un but clair : Aider les autres ne lui suffit pas. Il lui faut aller à la source du problème pour que ces autres n'aient plus besoin d'aide. Et pour elle, la source du problème, c'est la bêtise déraisonnable, la religion, et ces traditions qu'on suit parce que c'est ce qu'on a toujours fait. Pourtant, l'ordre et les lois lui plaisent, mais ce qu'elle cherche en elles, c'est un fondement juste, un sens, une logique. Tout est à jeter, mais il faut garder la poubelle - elle est partisane des réformes.

    Mais peu l'entendent de cette oreille, alors elle se tait, opine de la tête, et agit dans l'ombre, par des sous-entendus, et des gentillesses futiles. Le fait est qu'elle est indécise : Sa famille, ou ses idéaux ? Les deux ne sont jamais bien loin ; et elle craint de mettre en péril l'un en se dévouant enfin à l'autre.

    Alors elle fait ce qu'elle peut, en femme sérieuse et zélée. C'est une éternelle insatisfaite, qui base sa détermination et sa valeur sur le travail qu'elle fournit, une acharnée du devoir et des responsabilités — si bien qu'elle repousse le repos, encore et encore, au point d’inquiéter ses proches. Les pensées dans une agitation constante, la souillure gravée dans son esprit qui s'étale en murmures, elle n'oublie pas que le temps lui est compté.

    Elle assure qu'elle n'a rien à prouver à personne, mais c'est un mensonge qu'elle ne se connaît même pas : Elle a une famille entière à impressionner, un public qui compte même des défunts. Sa mère, Drusa, est son modèle, son idéal, et comme elle, elle choisit de voir la beauté en tout, de considérer que les gens ne sont pas mauvais, mais blessés, de laisser une chance à ceux qui n'en ont pas eu. Et tous savent à quoi s'en tenir : Elle est impitoyable une fois sa confiance trahie. Prend-t-elle soin des égarés parce qu'elle l'a elle-même été ? Cela va sans dire, mais elle se moque bien de ses raisons, tant que témoignent les résultats.

    Suave et charmante, il n'est pas rare que sa bonté avenante et cordiale, ou les surnoms affectueux qu'elle emploie parfois, fassent oublier son honorifique. C'est une grossière erreur, mais une erreur qu'elle pardonne, que de se déclarer à elle en espérant des sentiments réciproques. Elle les accepte avec gratitude, mais on dit que son coeur est sec et aride, gourmand d'une attention qu'il ne sait pas rendre.

    Rien ne pourrait être plus faux. Elle collectionne en secret des romans sulfureux et mielleux au possible — une chose sans importance, mais dont elle a honte : Elle a une réputation à préserver, tout de même ! Et elle aime les choses délicates, comme les amours naissants, et les poèmes qui les relatent. Mais Cœur-de-Glace n'est pas naïve et Cœur-de-Glace n'a pas de temps à gâcher dans des idylles impossibles. Elle sait que sa main, tôt ou tard, sera la monnaie d'une alliance.

    Cela n'a pas d'importance. Tout pour ravir ce père à qui elle porte une affection enfantine,

    une affection trop grande.

    Physique


    Son physique est à la mode de sa psyché : un tas de paradoxe.

    Elle n'est pas bien grande, Cœur-de-Glace, pas plus d'un mètre soixante-dix. On l'oublie vite cependant, avec ses manières impériales et sa stature hautaine. Ce qu'elle n'a pas d'élevé en centimètre, elle le compense par l'autorité de sa démarche. Et elle marche comme elle combat : par de grandes enjambées, tout d'assurance et de détermination. Cela suffit à ce qu'on se s’abaisse pour elle, sans y faire attention, simplement pour être son égal.

    Sa figure plantureuse attire l’œil. Elle est d'une perfection fantasmée, large poitrine et large hanche, Cœur-de-Glace que certains rêvent de faire fondre et de s'accaparer. Ses parures aux couleurs pâles couvrent rarement ses épaules et dévoilent la naissance de sa poitrine. Dans les idylles naïves de ceux qui l'admire, elle est sans défaut : peu remarque sa souillure encore discrète. Des canines plus aiguisés que le commun des mortels, et le vestige de son œil, cachée par la cascade de ses cheveux. Sous son pouce gauche, une entaille constante, qu'elle se fait tous les matins pour vérifier la pureté de son sang.

    Celui là est encore trop claire pour trahir sa nature, et elle craint le jour où il deviendra noir comme l'encre, noir comme les fonds marins, le jour où la moindre blessure fera d'elle une paria. Peut-être est-ce de là que vient son style de combat si particulier : mêlant une adresse évasive qui lui évite les plaies, elle virevolte sur les champs de bataille comme un papillon agile, et conclut en coup à la puissance dévastatrice pour mettre fin à l'affrontement dès la première occasion. Mais ses attaques ne sont pas nobles et princières — elles sont acharnées, impitoyables, digne d'un soldat décidé à survivre. Son arme usuelle est une lance à la lame longue et aiguisée, mais elle n'hésite pas à l'abandonner en plein combat pour achever par un couteau dissimulée alors qu'on la pare.

    Qu'on ne s'y trompe pas : elle a hérité de Drusa une silhouette frêle qui n'est que mirage. Ses muscles se dessinent clairement alors qu'elle bande son arc.

    Son armure est des plus particulières. D'abord d'un or noble, finalement teinte en noire à sa demande pour mieux masquer le sang à ses pulsions cannibales, elle est inégale. Il lui faut protéger la princesse sans handicaper ses mouvements, et, faute de bouclier, Cœur-de-Glace utilise l'acier qui couvre ses épaules, l'extérieur de ses bras jusqu'au dos de sa main pour encaisser les attaques. Lorsqu'elle se déplace en tant que capitaine, il est rare qu'elle quitte le casque qui lui couvre le visage, dans une volonté d'impartialité et de discrétion.

    Il est une taquinerie commune parmi ses proches de remarquer qu'elle est plus à l'aise dans le métal de son armure que la soie de ses vêtements, qu'elle juge trop hospitalière à un poignard. Mais ceux qu'ils ignorent, c'est qu'au delà de l'acier et des tissus luxueux, on ne la croise réellement paisible qu'en dehors de ses devoirs princiers : Elle porte alors le nom de Saitca Cœur-de-Verre, guerrier pacifiste et vagabond qui flâne dans la ville en homme libre.

    Ses deux égos partagent une odeur de lavande et de vieux livres, qui trahit son passe-temps favori : lire quelques poésies distinguées dans les jardins du palais. De même qu'une peau laiteuse, parsemée de grains de beauté, et des yeux tendres, couleur bois sombre, un nez petit et effronté (qui la complexait tant, alors qu'elle était petite fille) et des lèvres pulpeuses. Les mots qui leur échappent sont portés d'une voix grave, douce, voilée et langoureuse, percée de bienveillance et de malice.

    Son sourire est délicat et constant, elle l'offre à chacun et en tout temps : mais ses rires cristallins bercés d'étoiles, elle ne les réserve qu'à ses proches amis.

    Elle est dramatique, Castia : ses mains ne sont, comme elle, jamais au repos. Tout en mouvements fastes, en mains qui effleurent sans jamais toucher, en gestes étouffés avant leur juste dénouement, les bijoux qui adornent ses poignets et ses doigts décorent ses élans par des tintements cristallins. Ses paumes contre ses hanches, puis contre son cœur, tout est excuse pour enjoliver ses paroles par la poésie de ses minauderies.
    Son Histoire





    Elle avait 17 ans quand elle s'est crevée l’œil gauche.

    L'affaire prit plus de temps qu'elle ne l'aurait souhaité. Déjà à l'époque, c'était une denrée précieuse. Son garde du corps, à ses côtés comme toujours, n'osait trop rien dire sinon que c'était une idée dangereuse. Il ne pouvait pas la qualifier de mauvaise, puisqu'elle était de la princesse — Nul doute que ça l'offusquerait. Et il savait déjà qu'elle en avait conscience, mais qu'elle rangeait l'idée dans un coin de son esprit, simplement pour se donner du courage, avec la certitude que cette douleur, ce sacrifice, était d'une nécessité absolue.

    À la seule lumière de la lune, la dague brillait d'un éclat pâle par delà son visage. Ainsi ils étaient, comme deux conspirateurs, sur la route déserte. On n'entendait rien, sinon des cris d'animaux lointains, indifférents à ce qui se tramaient sous leur nez, et la respiration hésitante de Cœur-de-Glace, qui portait si mal son nom. Et juste alors qu'elle serra ses mains sur le manche, juste alors qu'elle s'apprêtait à en terminer avec tout ça —

    « Ça ne me plaît pas. » Son garde du corps ouvrit les yeux, des yeux qu'il n'avait même pas eu conscience d'avoir clos. Le sang ne l'intimidait pas : Il était de la garde royale, et avant cela, il était du clan du soleil. Mais la simple idée que sa protégée puisse faire couler son propre sang, et qu'il soit obligé de regarder, sans rien faire...

    « Je le sais, princesse. Personne n'aime se crever les yeux.
    — Je ne parle pas de ça. »

    Il eut un mouvement de recul. Parce qu'il y avait pire ?

    « Les gens diront que tu as mal fait ton travail. Ça ne me plaît pas.
    — Princesse...
    — Et si tu perdais ton poste ?
    — Je pense que c'est le cadet de vos soucis.
    — Mais ça ne l'est pas. La douleur passera. Mais ne plus t'avoir à mes côtés, ça durera dans le temps.
    — Vous allez perdre un œil. C'est plutôt définitif.
    — J'en ai un deuxième. Mais je n'ai qu'un Marche-dans-les-Flammes. »

    Un silence bruyant s'installa entre eux. Marche-dans-les-flammes fixait le sol, les poings serrés, et le cœur tout autant. La princesse, quant à elle, était ailleurs, yeux clos, une habitude qu'on lui connaissait quand les choses devenaient trop, tout simplement, qu'il lui fallait se retirer, réfléchir, rassembler des pensées éparpillées au gré du vent.

    « Je plaiderais ta cause. Je te le jure. »

    Et juste alors qu'il levait les yeux vers elle, les lèvres entrouvertes, prêt à lui dire qu'elle ne lui devait rien, pas même la vérité, elle enfonça la lame dans son œil grotesque et se déchira dans un cri.


    * * *


    Avant elle, il servait Drusa, du clan du soleil. Il la côtoyait peu avant de rejoindre la garde royale, mais en savait assez pour la trouver étrange. La mystérieuse concubine, qu'il avait fallu convaincre de rejoindre les côtés du roi. Dans ses sourires fréquents, il lisait qu'on ne l'y avait pas forcé. Elle était seulement une femme amoureuse, à qui l'idée de partager son aimé ne plaisait guère. Peu importe — Marche-dans-les-Flammes était un garde diligent, et Drusa, sa charge. Il lui affirmait son dévouement aussi souvent que possible, et elle le balayait d'un revers de main avec ces mots énigmatiques : « Gardes ta dévotion pour mon enfant, veux-tu ? Il en aura besoin. »

    Quand Castia Cœur-de-Glace ouvrit les yeux pour la première fois, sa mère ferma les siens pour la dernière.

    Les pleurs qu'elle eut alors, dissonants, comme un reproche, comme une insulte — on jura d'eux qu'ils étaient de peine. Drusa ne s'était pas trompée : Sa dévotion, elle en aurait besoin. Enfant sans mère au palais, elle ne pouvait compter sur personne pour intriguer en sa faveur. Les concubines la traitaient avec dédain et aigreur, puisqu'elle était une concurrence pitoyable, mais une concurrence malgré tout. Leurs fils ne l'approchaient pas. Le roi la traitait en favorite, attendri par ses circonstances, et conscient qu'elle partageait son deuil, et cela aidait autant son cas que ça l'aggravait.

    On décida d'assigner un garde permanent à la princesse, juste au cas où. Les accidents étaient si vite arrivés, surtout à une personne si jeune ! dont la disparition fortuite arrangerait tant. Celui là se nommait Marche-dans-les-Flammes, et il n'était qu'au début de ses peines.

    Ainsi il la suivit dans son quotidien d'enfant princier, où alternaient leçons de précepteurs sérieux, et piques de concubines inquiètes pour le statut de leur propre progéniture. Fillette timide, Castia lui parlait peu, et quand elle s'y risquait, c'était pour le questionner au sujet de madame sa mère, qu'elle avait ouï qu'il connaissait.

    Il acquiesçait, et lui présentait les faits comme ils étaient : C'était une femme exceptionnelle, qui compensait sa fragilité physique (celle qui finirait par la tuer) par son fort caractère. Elle voyait le bien en tout, et se battait pour ce monde qu'elle trouvait beau, et ces autres qu'elle pensait merveilleux. Alors l'enfant se taisait un moment, puis acquiesçait lentement.  

    La vérité, c'est qu'elle voulait être digne d'elle.

    Le roi était son père, et les gardes royaux, ses obligés. Ainsi, elle ne les appelait pas ses amis. Bien vite, on se rendit compte que dans son entourage limité, personne ne pouvait prétendre à ce titre. Cela changea quand elle rencontra Aesh, son demi-frère. Évidemment, les choses n'étaient pas idéales : On l'éduquait au clan du soleil, loin de sa mère, et par extension, loin du palais, et loin d'elle. Mais même s'ils se voyaient peu, ils s'entendaient bien, et c'est sans surprise que Castia le désigna frère favori. La concurrence ne se pressait pas pour lui reprendre l'intitulé.

    Ceux qui ne l'évitaient pas en avaient pitié.

    Lassée d'être traitée comme une poupée fragile, qu'on lui rappelle sans cesse sa douleur à coup de pauvre petite, perdre sa mère si tôt !, elle ferma son cœur, pour n'être que froid et caprice. Ainsi, on ne s'épancherait pas sur une souffrance qu'elle ne saurait ressentir, elle, la princesse pourrie gâtée qui se moquait bien des autres. Tels étaient les faits : La petite Castia culpabilisait. Sa mère était une femme exceptionnelle, dont on ne trouvait aucun mal à dire. Et pourtant, les larmes n'avaient plus coulées depuis sa naissance. Elle ne pouvait se lamenter de la mort d'une inconnue, d'une inconnue qui l'avait abandonné,

    d'une —
    d'une inconnue qu'elle avait tué.

    Marche-dans-les-Flammes n'était pas adroit avec les enfants. Mais aussi, et surtout, il n'était pas aveugle. À force de côtoyer la princesse jour et nuit, il avait appris à la connaître et à la comprendre, et en bon serviteur, devait agir avec subtilité, aider sa charge sans s'immiscer dans ses affaires. Le destin voulut qu'il n'aime pas la méditation, ni la musique, ni l'équitation, ni les balades apaisantes. Lui vivait par l'épée, pour l'épée, et rien ne le mettait mieux en paix avec lui-même qu'une heure d’entraînement. Alors c'est sans davantage de réflexions qu'il glissa une lance dans les petites mains de Castia, et la défia de jouter avec lui.

    C'était la naissance d'un prodige.

    Elle gagna en assurance, mais son amertume demeurait. Les concubines, et leurs fils stupides qu'elle enviait, et elle-même, princesse des neiges. Pour ne pas être une enfant aigrie, elle s'appliqua à être une enfant occupée. Plongée dans ses études, toute matière était nécessité pour être une bonne princesse, et rendre son père fier, qu'il lui pardonne d'être née si durement.

    Le jour de ses 15 ans, elle reçut l'honorifique de Cœur-de-Glace.

    Le prêtre ne pensait à mal : On disait son cœur solide, inébranlable. Cœur-de-Glace, alors, lui siérait. Le roi, pour sa part, rit de bon cœur. Les concubines se moquèrent : Voilà un nom à sa mesure. Marche-dans-les-Flammes trouva le titre déplacé, et assura que le prêtre ne la connaissait pas.

    Castia, quant à elle, était mortifiée.

    Ses yeux s'ouvrirent en grand, pour ne plus jamais se fermer, et l'évidence lui apparut : Elle s'éloignait de sa mère, et de cette image de princesse parfaite. Elle n'était plus digne, plus convenable, et sans doute son père était très déçu d'elle. Des inquiétudes qu'elle confia à son protecteur, et qu'il ne sut dissiper avec tact. À la place, peu doué pour le soutien émotionnel, il proposa une solution concrète.

    « Rien de mieux pour apprendre l'humilité que se mettre au service des autres. Si j'étais votre père, je vous dirais de rejoindre la garde royale.
    — Je le peux ?
    — Eh bien, vous avez 15 ans révolus, et vous êtes princesse. Je vois difficilement ce qu'on pourrait vous refuser. »

    Elle pensa à sa mère, qui avait jadis compensé sa fragilité par son cœur tendre. Elle compenserait son cœur de glace par sa stabilité. Elle fit part de sa décision à son père, qui en fut pour le moins étonné, mais compréhensif et curieux. De toute évidence, « Cœur-de-Glace » était déterminée. Elle acquiesça, et ajouta renoncer au trône jusqu'à en être digne.

    Il fut compliqué et épuisant de partager son emploi du temps entre ses cours princiers, ses cours d'escrimes (désormais bien plus fréquents), ses obligations royales, et ses obligations de garde. Mais cela fut aussi très stimulant, et pour la première fois de sa vie, Castia se sentait parfaitement à sa place. Si les autres recrues craignaient que la traiter "comme tout le monde" leur retomberaient dessus tôt ou tard, le capitaine de la garde royale s'appliqua à ne pas lui accorder de traitement de faveur, à la demande discrète de Marche-dans-les-Flammes, son second.

    Et comme une fleur, elle s'ouvrit doucement, à force de journées ensoleillées même dans la pluie et l'hiver.

    Les yeux pleins d'étoiles, elle n'imaginait pas encore la tournure que prendraient les choses.

    Lorsque le ciel s'écroula sur elle, rien dans sa journée n'aurait laissé présager qu'il trébucherait de la sorte. Elle était comme les autres — c'est à dire joyeuse et excitante. Alors en déplacement hors de Shurug, une première en tant que garde royale, Cœur-de-Glace profitait de l'air tranquille de la nuit pour s'aventurer dans la campagne nouvelle. Marche-dans-les-Flammes, comme toujours, l'accompagnait. Après une heure de randonnée, à admirer ce paysage inédit, il l'arrêta pour lui dire qu'ils avaient voyagé assez loin, assez longtemps. Passés cette limite, il approchait du village maudit d'Irsmun.

    Et son protecteur n'aurait pu piquer sa curiosité d'une meilleure façon. Si l'enfant capricieuse et austère n'était plus, Castia gardait cette impunité assurée, qu'on ceux qui retombent toujours sur leurs pattes. Curieuse, elle voulait y aller, ne croyant qu'à moitié au récit qu'on en dressait. Et chaque hésitation de son ami nourrissait son appétit dévorant d'aventure, si bien que si Marche-dans-les-Flammes ne la suivrait pas, eh bien, elle irait seul.

    Alors il la suivit,
    de loin.

    Et il s'en voudrait longtemps, et s'en voulait encore, d'avoir abandonné sa princesse de la sorte. Car il la perdit de vue, hésitant et superstitieux, et Castia ne le remarqua même pas, intriguée par les attitudes étranges des villageois d'Irsmun, qu'elle approcha,

    et approcha,

    et approcha encore,

    jusqu'à être
    s o u i l l é e.

    Lorsque le ciel s'écroula sur elle, elle ne remarqua rien, et se moqua même auprès de Marche-dans-les-Flammes des superstitions naïves de quelques paysans esseulés. De leur petite escapade, ils ne dirent mots, et rentrèrent à la capitale en innocents.

    Le quotidien reprit son cours, et la lune suivit son cycle. La nuit d'astre plein, Marche-dans-les-Flammes trouva Cœur-de-Glace complètement délirante sur ses couvertures. Et alors seulement, il comprit, réalisa que les dieux, comme la mort, ne discriminaient pas. Durant la nuit entière, il resta à son chevet, et n'avertit aucun garde ou médecin.

    Voilà qui marquait le début de leur secret douloureux. La princesse des monstres, et son garde du corps, responsable.

    Cœur-de-Glace choisit de ne rien dire — elle n'abandonnait pas encore tout à fait. Et à cette famille à laquelle elle tenait tant, elle ne voulait en pas devenir la pestiférée. Marche-dans-les-Flammes se renseigna pour son compte sur la souillure, en détails, et ils comprirent de concert que le trône lui était à jamais inaccessible.

    Physiquement, elle tenait bon,
    elle n'était pas n'importe qui.
    Les jours se suivirent sans se ressembler, et le temps, comme le destin, poursuivit son cours. À force, elle aurait presque pu oublier ce qu'elle était vraiment : seules les pleines lunes trahissaient sa nature de souillé.

    Bientôt un an passa, et Cœur-de-Glace poursuivait son chemin : S'efforcer d'être une meilleure personne, pour se rappeler qu'elle était humaine. Elle perdit sa rancune et pardonna à ses frères, tous plus mal lotis les uns que les autres. Mais pour les concubines, elle n'eut nulle miséricorde.

    Une autre année passa et un jour — un jour ! l'horreur.
    Son œil gauche, grotesque, monstrueux, sa nature révélé au grand jour. Le blanc de son œil devenu noir comme l'encre, comme une tache, une plaie béante sur son visage de jeune fille. La journée entière, elle dissimula son mal, sa pupille douloureuse et distordue, et les voix dans sa tête, murmures paniqués. Et quand la nuit tomba, elle échafauda un plan drastique : Ils se débarrasseraient de l'œil coupable, prétextant une attaque de bandit durant une promenade.

    Marche-dans-les-Flammes perdit son prestige, mais Cœur-de-Glace tint sa promesse : Elle plaida en sa faveur, prétextant une dizaine, non, une vingtaine de bandit ! et supplia son père d'au moins le laisser à ses côtés. Il était comme un frère pour elle, un frère sans couronne. Après un soupir, on se plia à son caprice.

    Le temps, comme du sable entre ses doigts, s’égrainaient sans demander son reste.
    Mais plus que lui, dans sa course pour un remède, son plus grand obstacle fit la religion. Le corps boursouflé de Derketo, qu'il aurait fallu brûler à la première occasion ; on en gardait la tête dans la ville ! Les souillés, pauvres malades ; on les laissait dans leur triste état, sans chercher de solution. Cœur-de-Glace se mit à détester les dieux, les légendes, les superstitions, toutes ces choses absurdes qui pourraient bien lui coûter la vie.

    Refusant d'être la laissée pour compte des affaires royales, elle aida comme elle le put : Si le trône ne lui appartiendrait jamais, Aesh, lui, avait une chance. Elle se rangea à ses côtés, et supporta son ascension, lui prêtant son soutien et sa bénédiction.

    Et juste alors qu'elle devenait mélancolique de voir la grandeur s'éteindre de son destin, le capitaine de la garde royale prit une retraite méritée. Il était coutume de le remplacer par l'homme le plus intègre, et le meilleur bretteur du régiment.

    Cet homme là s’avéra être une femme.

    Cœur-de-Glace ne pleurait pas, mais ce jour là, entourée de subordonnés qui comptaient sur elle, et comptaient pour elle, se fiaient à son jugement, et la suivaient parce qu'elle Castia Cœur-de-Glace, plutôt que Castia, princesse de Kur-Kigal,

    elle sentit son coeur crever, et fondit en larmes.

    Et Vous ?
    Recherche cerveau à vendre dans ma région, 18 ans

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    Dernière édition par Castia Coeur-de-Glace le Mer 6 Juin - 16:39, édité 5 fois
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    Amra Murmure-à-l'Océan - le Lun 4 Juin - 20:54
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    Re-bienvenue parmi nous, belle plante ! N'hésite pas si tu as des questions et j'ai hâte d'en savoir lus sur cette belle princesse de glace ! <3



    Old One wearing human skin
    The Whisperer in Darkness ☽ Along the shore the cloud waves break, the twin suns sink behind the lake.  Strange is the night where black stars rise, and strange moons circle through the skies. Song of my soul, my voice is dead, die thou, unsung, as tears unshed, shall dry and die.
    Voir le profil de l'utilisateur http://kurkigal.forumactif.com/t29-a-m-r-a-triste-elle-est-prete-a-tout http://kurkigal.forumactif.com/t42-a-m-r-a-triste-elle-fait-la-grimace#65
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    Date d'inscription : 06/02/2018
    Messages : 760
    Age du perso : 19 ans.
    Métier : Hte-Prêtresse de Derketo.
    Thème : Cassilda's song ♫
    DC : Shamhat Aime-les-Lois, Votava Rêve-en-Silence.



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    Amra Murmure-à-l'Océan - le Mer 6 Juin - 16:50
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    Félicitations !
    Te voilà validé(e) mon poussin !
    Maintenant que tu as passé la première étape du forum, je t'invite à venir recenser ton avatar sur ce topic histoire que personne ne te pique ta tronche, faire ton petit journal ici même en suivant le modèle et si tu cherches du rp, tu peux poster une demande par ici ! Ceci étant dit, amuse-toi bien sur le forum ! Laughing



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    The Whisperer in Darkness ☽ Along the shore the cloud waves break, the twin suns sink behind the lake.  Strange is the night where black stars rise, and strange moons circle through the skies. Song of my soul, my voice is dead, die thou, unsung, as tears unshed, shall dry and die.
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